Toutes les GUERRES depuis des siècles ont été des GUERRES de luxe, c’est-à-dire dont l’idée génératrice était purement imaginaire, formée par quelques-uns et non par un besoin réel de la majorité ; et dont les bénéfices n’ont été qu’à une minorité ; ces quelques-uns n’étant pas tous du peuple vainqueur. L’excitation populaire, indispensable, a été créée par voie de publicité, éducation, agitation artificielle.
Paul Valéry, écrivain, poète et philosophe français, 1871-1945
Cahiers, Tome II
« L’Alliance restera aux côtés de l’Ukraine ».
L’Ukraine pourrait compter sur
« des soldats sur le terrain, des jets dans les airs et
des navires en mer Noire ».
Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN,
le 2 février 2026 au parlement de l’Ukraine.
La guerre commence par des mensonges qui veulent nous persuader de son bien-fondé, qu’elle soit directe ou par procuration comme en Ukraine actuellement. Aujourd’hui les discours se multiplient sur la nécessité d’investir massivement dans la « défense », face à la Russie, voire à d’autres ennemis. Mais l’UE et l’OTAN ne seraient-elles en rien à l’origine de la guerre en Ukraine – comme d’autres guerres ? Sommes-nous attaqués d’une quelconque façon ? Y a-t-il une menace russe ? La guerre en Ukraine ne serait-elle que le fruit des ambitions d’un Poutine, à l’égal d’Adolf Hitler selon le prince Charles ?
À la mi-novembre 2025, les adolescents de 17 ans ont reçu une lettre du ministre de la Défense Théo Francken les incitant à s’engager dans un service militaire volontaire.
Jeunesse et Défense : les objectifs et controverses du nouveau service militaire en Belgique retour au sommaire
Marie Küntzle (chargée de recherche au GRIP, le 27 novembre 2025).
Le 13 novembre, la Défense belge a envoyé une lettre à l’ensemble des citoyens âgés de 17 ans pour leur présenter le nouveau service militaire volontaire. Cette initiative, portée au Parlement par le député NVA Peter Buysrogge, président de la commission Défense de la Chambre des représentants, a fait l’objet de vives critiques. Notamment, l’opposition s’est insurgée contre l’envoi de cette lettre. Le PTB, en particulier, a qualifié cette démarche de véritable « campagne de militarisation des esprits ». Pour les membres du parti, elle insuffle l’idée militariste que la Belgique et l’Europe doivent se préparer à la guerre et que la jeunesse doit se mobiliser pour défendre le pays[…]
Il y a deux semaines, tous les ados de 17 ans ont reçu une lettre de Théo Francken, une lettre qui les tutoie comme on tutoie un animal. Dans cette lettre, on leur propose 2000 € net pour être « prêts à agir », sans dire agir à quoi, évidemment. La version originale, mystérieusement écartée, avouait pourtant que le gouvernement n’aime pas trop les jeunes et préfère claquer l’argent dans des F-35 américains qu’on ne pourra même pas faire voler sans permission. On y expliquait aussi que leurs écoles se dégradent, leurs études se compliquent et que, s’ils finissent au chômage, ce sera leur faute, bien sûr. On rappelait enfin que leurs rêves sont déjà ruinés et que le monde qu’on leur prépare brûle joyeusement. En échange, on leur demande d’aller se battre contre d’autres jeunes trompés ailleurs. Et comme toujours, ils mourront oubliés, tandis que ceux qu’ils auront enrichis auront une jolie statue.
« J’ai échappé de peu à la lettre car je viens d’avoir 18 ans », prévient d’emblée Cardaine, en rhéto à l’institut Saint-Luc, à Bruxelles. « Mais j’ai pu lire celle de mes amis et j’ai été choquée, voire effrayée par la façon dont la lettre est rédigée. » Pour la jeune fille, la manière de faire la promotion de l’armée « est totalement déconnectée de la réalité ». « On surinvestit dans la Défense tandis que le pays est endetté », tance la jeune fille.
Elle souligne ce qui, selon elle, sont les besoins réels de la jeunesse. « Des solutions pour des emplois stables afin de se construire un avenir digne. La santé, le climat, l’enseignement… Ça doit être ça les vraies priorités », affirme-t-elle. Et celle qui envisage d’étudier les sciences politiques de préciser ses inquiétudes : « L’augmentation du minerval et la réforme du Décret paysage. »
Pour Cardaine, « le but de ce service militaire volontaire est de mettre la guerre dans l’esprit des jeunes, de les transformer en chair à canon », craint-elle. « Je pense qu’on ne nous informe pas assez sur les autres manières de s’investir pour soutenir le pays », regrette la jeune fille qui s’imaginerait bien travailler dans la diplomatie.
Enfin, elle dénonce également ce qui s’apparente, selon elle, à un recrutement socialement ciblé : « Je pense que la plupart des jeunes qu’on essaie d’attirer pour ce service sont ceux de la classe travailleuse. Ceux pour qui l’enseignement va devenir trop cher et compliqué. Un ami m’a dit être intéressé par le salaire, les soins de santé payés et tous les avantages. »
Et la jeune fille de conclure : « Aujourd’hui, c’est sur base volontaire. Mais qui nous dit que ça ne deviendra pas obligatoire dans quelques années ? On tient à notre avenir. Nous ne sommes pas une génération paresseuse, comme le soulignent parfois les politiciens, mais nous avons des priorités qui ne sont peut-être pas de leur temps. »
Le communiqué du CNAPD
Création de la plateforme nationale d’organisations de jeunesse « Service for peace » contre le « service militaire volontaire »
Coordination Nationale d’Action pour la Paix et la Démocratie (CNAPD), le 11 novembre 2025
« Plus jamais ça » (en néerlandais : nooit meer oorlog). Le 11 novembre rappelle l’horreur de la guerre, le sacrifice d’innombrables jeunes dans notre pays et l’engagement sociétal à tout faire pour ne plus en arriver là. Le 11 novembre consacre l’engagement pour la paix. C’est pourtant autour de cette date hautement symbolique que Théo Francken a choisi de faire parvenir un courrier à 130 000 jeunes de 17 ans (Belges et résidents européens et suisses en Belgique) pour les inviter à postuler pour une des 500 places disponibles pour le nouveau « service militaire volontaire » ; et espérer faire gonfler, par-là, les réserves de l’armée belge. Voilà l’objectif prioritaire du gouvernement, en dehors de tout le storytelling sur l’engagement des jeunes, l’appel de l’aventure ou l’apprentissage de la citoyenneté. Comme le rappellent l’armée belge et le ministre Francken, « le service militaire volontaire […] est crucial pour [le] développement [de la réserve] et son renforcement, car il permettra de l’alimenter en personnes formées et motivées »[…]
« Si vis pacem, para bellum » – si tu veux la paix, prépare la guerre. Cette maxime séculaire résonne avec force dans les quartiers généraux des ministères de la Défense, des états-majors et de l’industrie de l’armement. Dix experts en sécurité et en relations internationales s’élèvent contre l’idée que la paix puisse être imposée par les armes.
Christophe Wasinski (Professeur, ULB) – Le réarmement européen, les intérêts industriels et la casse sociale
Tom Sauer (Professeur, Université d’Anvers) – La Russie dans une architecture européenne de sécurité
Naomi Zoka (Pax Christi) – Non à un parapluie nucléaire européen
Ludo De Brabander (Vrede vzw) – Le militarisme européen sape ce qu’il prétend défendre
Niamh Aine Ní Bhriain (chercheuse, Transnational Institute) – L’UE sur la voie de la guerre
Ulrike Eifler (Die Linke) – Pourquoi les syndicats ne peuvent pas se taire face à la militarisation
Thomas Bottelier (Université d’Utrecht) – Mobilisation déséquilibrée : l’Europe dans la course aux armements
Jörg Kronauer (sociologue, journaliste à Junge Welt) – La diplomatie entre ennemis
Sophie Bolt (secrétaire générale, Campaign for Nuclear Disarmament) – La guerre n’a jamais apporté la paix
Guido Van Leemput (Nouveau Mouvement pour la Paix, Pays-Bas) – Protéger l’État social contre l’État guerrier
Sources :
– Nick Turse, Kill Anything That Moves (2013).
– Christian Appy, Vietnam: The Definitive Oral History (2006).
Seconde guerre du Golfe / Guerre d’Irak (2003–2011)
Estimations basses (US Department of Defense, 2011) : ≈ 110 000 civils tués.
Estimations indépendantes (Lancet, ORB, Iraq Body Count) :
Lancet study (2006) : ≈ 654 965 morts excessifs, dont 601 000 par violence directe.
ORB survey (2008) : ≈ 1,033 million de morts.
Proportion civile : largement supérieure aux pertes militaires.
Sources :
– The Lancet, “Mortality after the 2003 invasion of Iraq” (Burnham et al., 2006).
– Iraq Body Count (www.iraqbodycount.org).
– Patrick Cockburn, The Occupation: War and Resistance in Iraq (2007).
Peu importe le prix, tant que la croissance est sauve, soutenons l'intérêt économique commun !
Source générale : Thierry Simonelli. Thierry Simonelli est docteur en philosophie et en psychologie.
Christophe Wasinski est Professeur en sciences politiques (relations internationales) à l’Université libre de Bruxelles. Il est membre du REPI (Recherche et études en politique internationale) et chercheur associé au GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité).
L’OTAN et les actuelles dépenses militaires européennes (Liège, le 19 décembre 2025)
L’imaginaire « start-up » de la guerre : l’intelligence artificielle et le réenchantement de la défense de l’« Occident » (Seraing, le 8 novembre 2025)
Le « réarmement » est dans tous les discours, l’économie de guerre est imposée à coups d’austérité, les Empires se militarisent, la France est le deuxième vendeur d’armes de la planète, l’anéantissement de Gaza se poursuit, le fond de l’air est kaki et les accents martiaux contaminent l’espace médiatique. Par le passé, les luttes sociales se sont levées contre le nationalisme conquérant et la guerre, contre l’uniforme et l’obéissance aux chefs, contre l’union sacrée et la militarisation du travail. « Guerre aux palais, paix aux chaumières ! » : refaisons nôtre ce slogan révolutionnaire. Ce manuel antimilitariste puise dans l’expérience des réfractaires aux guerres d’hier et d’aujourd’hui, pour réarmer les résistances.
CNAPD (Coordination Nationale d’Action pour la Paix et la Démocratie), 2023
Créée en 1949, l’OTAN avait pour objectif déclaré d’assurer la défense des territoires du bloc de l’Ouest contre la menace ressentie à l’Est, vis-à-vis de l’Union soviétique. Pourtant, les évolutions consécutives de l’OTAN ont amené à une réalité contemporaine fortement différente. Cette brochure présente sous toutes ses facettes, la manière dont l’OTAN envisage le monde et l’empreinte qu’elle veut lui apporter. Elle traite des élargissements géographiques successifs, de l’adoption de concepts stratégiques toujours plus distants de sa base légale et du droit international, des objectifs que l’alliance poursuit dans l’utilisation des moyens militaires et les raisons qui les motivent, et des différentes interventions de l’organisation sous l’angle de leur légalité mais surtout de leur légitimité. Au travers de cette brochure, la CNAPD cherche à proposer une analyse ample et fournie de l’organisation : qu’est-ce que l’OTAN ? Cette dernière assure-t-elle réellement notre « sécurité » ? Quelle est sa légitimité ? Quelle place laisse-t-elle à l’ONU en matière de paix et de sécurité internationales ? Comment construire une sécurité réellement collective ? Quelle est l’implication de la Belgique au sein de l’OTAN ? En répondant à ces questions, ce plaidoyer présente une synthèse de connaissances indispensables pour tout·e citoyen·ne belge tant cette institution pèse lourd dans les domaines de la politique étrangère et de sécurité en Belgique.
« Ce qui me dégoûte dans la guerre, c’est son imbécillité. J’aime la vie. Je n’aime même que la vie. C’est beaucoup, mais je comprends qu’on la sacrifie à une cause juste et belle. J’ai soigné des maladies contagieuses et mortelles sans jamais ménager mon don total. À la guerre j’ai peur, j’ai toujours peur, je tremble, je fais dans ma culotte. Parce que c’est bête, parce que c’est inutile. Inutile pour moi. Inutile pour le camarade qui est avec moi sur la ligne de tirailleurs. Inutile pour le camarade en face. Inutile pour le camarade qui est à côté du camarade en face dans la ligne de tirailleurs qui s’avance vers moi. »
Aldous Huxley (1894-1963) n'est pas seulement l'auteur du Meilleur des mondes et des Portes de la perception. Il a toujours été un pacifiste, particulièrement actif dans les années '30. Son livre La fin et les moyens (1937) explore les causes et les conséquences de la guerre ainsi que l'impuissance de l'humanité à atteindre ses idéaux. Une encyclopédie du pacifisme examine d'un œil critique les aspects historiques, sociaux, biologiques et psychologiques de la guerre.
Principes élémentaires de propagande de guerre
Utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède…retour au sommaire
Anne Morelli. Aden, 222 pages (édition 2023).
Hostile à l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne en 1914, Arthur Ponsonby publie un texte qu’il est possible de résumer en dix « commandements ». Anne Morelli a systématisé ceux-ci en dix chapitres qui forment la trame de cet ouvrage. Pour chacun de ces principes élémentaires de la propagande de guerre, l’historienne s’est attachée à démontrer qu’ils n’étaient évidemment pas à l’œuvre dans la seule Première Guerre mondiale et que, depuis, ils ont également été utilisés régulièrement par les parties en présence. La pratique du nouveau président des États-Unis, le prix Nobel de la Paix Barack Obama, n’y fait pas exception.
Nous ne voulons pas la guerre.
Le camp adverse est le seul responsable de la guerre.
L’ennemi a le visage du diable.
C’est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers.
L’ennemi provoque sciemment des atrocités ; si nous commettons des bavures, c’est involontairement.
L’ennemi utilise des armes non autorisées.
Nous subissons très peu de pertes ; les pertes de l’ennemi sont énormes.
Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause.
Notre cause a un caractère sacré.
Ceux qui mettent en doute la propagande sont des traîtres.
Une brève histoire des opérations secrètes de Washingtonretour au sommaire
En plongeant dans les déclarations accompagnant les manœuvres des puissances impériales d’hier, cet ouvrage — publié en anglais en 2020 — invite à méditer la situation politique internationale contemporaine. « Le droit international doit traiter les indigènes comme des êtres non civilisés », expliquait John Westlake, l’un des pionniers de la discipline, en 1894. « L’impérialisme n’est pas le mot qui convient à notre vaste travail », écrivit le sénateur américain Albert Beveridge, en 1899. « J’ai dit à Ramadier [président socialiste du conseil des ministres français en 1947] : “pas de communistes au gouvernement, sinon…” », se remémorait le secrétaire d’État américain George Marshall. Nous devons « accélérer l’effondrement » du Venezuela, plaidait l’ambassadeur américain dans ce pays William Brownfield, en 2018, tout en notant : « cela aura un impact sur des millions et des millions de personnes qui ont déjà beaucoup de difficultés à trouver de quoi se nourrir ». Mais c’était hier !… Car, de Kiev à Taipei, Washington n’a plus qu’un objectif : garantir la démocratie (source : Le Monde diplo).
Wall Street et l’ascension de Hitler
Antony Sutton. Culture Et Racines, 320 pages. 1976 pour l’édition originale en anglais.
Près de trente-cinq ans après la fin de la guerre froide, les armes continuent à proliférer et à occuper une place centrale dans les rapports internationaux.
Cet armement est tantôt utilisé pour bombarder le Yémen, tantôt pour soutenir l'Ukraine face à la Russie, pour massacrer des civils en Palestine ou encore pour préparer une possible guerre entre les États-Unis et leurs alliés et la Chine. Comment expliquer cette prolifération des armes classiques ? Comment comprendre cette normalisation de la circulation des armes ?
L’ouvrage se propose d’analyser l’histoire et l’actualité du champ de l’armement et montre comment, à travers sa production, il place les individus en capacité de s’entretuer massivement.